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Lundi 7 septembre 2009
Ce n'est pas absolument sûr mais, statistiquement, c'est plus que probable : je suis plus intelligent que mon père et mon fils est plus intelligent que moi ! Dans tous les pays qui le mesurent, le QI est en hausse depuis les années 30.
Le phénomène porte même un nom : l'effet Flynn, James Flyn étant un politologue qui a découvert cela il y a une vingtaine d'années. Les 10 % supérieurs de la population américaine dans les année 20 se situerait aujourd'hui dans le dernier tiers.

J'imagine bien que mes considérations sur mon père et mon fils vous intêressent peu. Je reformule :
"amis et collègues enseignants, vos élèves sont plus intelligents que vous !"
et là, j'entends déjà les questions :
- Oui, mais qu'est-ce que l'intelligence ?
- Et pourquoi cela ne se voit-il pas quand ils me parlent de Mozart (ou au choix Verlaine, Poussin, Kant...)
- Mais comment font-ils ?
Le passionnant numéro d'été de la revue "Books" (cliquer ici) d'où je tire toute ma science récente apporte quelques réponses.

Le QI mesure ce que l'on appelle "l'intelligence fluide" qui peut s'appliquer à résoudre n'importe quel type de problème.
Il n'a donc rien à voir avec la connaissance, l'humanisme, la finesse, la sensibilité...
Albert Jacquart résumait la situation en disant que le QI mesure l'aptitude à répondre à des questions alors que l'intelligence consisterait à poser de bonnes questions.

Si nos élèves nous déçoivent quand ils parlent de Mozart (ou au choix Verlaine, Poussin, Kant...) c'est qu'ils ont fait d'autres choix.
Ici, un peu de recul historique s'avère nécessaire. Le refrain du "c'était mieux avant", du recul de la vraie culture et de la perte des repères remonte à loin.
Les cause du mal sont souvent identifiées :
 - La bande dessinée nous dit le psychiatre Fredric Wertham qui identifie sa cible dans les années 1950 :  "Hitler était un débutant comparé à l'industrie de la BD" déclarait-il.
 - La télévision nous dit Micha Razel dans une étude réalisée en 2001 sur plus d'un million d'écoliers du monde entier ; le petit écran provoque une baisse des résultats en lecture, en sciences et en mathématiques.
 - l'écriture nous dit Socrate dans le Phèdre de Platon : "L'art de l'écriture produira l'oubli dans l'âme de ceux qui l'auront appris, parce qu'ils cesseront d'exercer leur mémoire : mettant en effet leur confiance dans l'écrit, c'est du dehors, grâce à des empreintes étrangères, et non du dedans, grâce à eux-même, qu'ils feront acte de remémoration. (...) Lors donc que, grâce à l'écriture, ils auront entendu parler de beaucoup de choses, sans avoir reçu d'enseignement, ils sembleront avoir beaucoup de science alors que, dans la plupart des cas, ils n'auront aucune science."

A force de relativiser, on peut devenir provocateur comme Steven Johnson dans un livre qui paraîtra dans quelques jours en France : "Tout ce qui est mauvais est bon pour vous. Comment la culture populaire d'aujourd'hui nous rend en fait plus intelligents".
L'auteur va assez loin en défendant la télé-réalité : "Quand nous regardons ces émissions, la partie de notre cerveau de notre entourage - détectant les subtils changements d'intonation, de gestuelle et d'expression - scrute l'action sur l'écran, en quête d'indices. Alors que nous buvons les histoires, nous essayons d'analyser les jeux avec du recul. Les émissions de téléréalité ont mis aux heures de grande écoute l'exercice de jugement rétrospectif." De la même façon, les jeu vidéo seraient un "entraînement cognitif supérieur".

Oui mais alors, avec des outils si formidables, Mozart (ou au choix Verlaine, Poussin, Kant...) ?
Plusieurs hypothèses :
1) notre cerveau a plus de peine à les appréhender. Habitués au "multitâche" de l'ère numérique (lecture d'hyper-textes...) nous avons d'avantage de peine à nous concentrer sur les tâches "difficiles ou longues
2) il y a une faillite de l'éducation. Le discours est connu.
3) Les grandes oeuvres de la culture classique ne sont plus ressenties comme une nécessité et ne semblent plus justifier l'investissement ou l'effort qu'elles demandent.
Dans chacun des cas, faut-il en vouloir à ces moins de trente ans à la fois intelligent et ignare, à ceux qu'on appelle parfois la génération la plus bête du monde ?
J'aime la réponse optimiste de  Chris Hedge :
"La génération la plus bête est l'élite politique et économique qui a saccagé notre économie, rendu un culte au faux dieu de la globalisation, répandu la maladie de la guerre permanente et présidé à la destruction de l'écosystème dont dépend l'espèce humaine. Ce sont les moins de 30 ans, qui ne sont pas stupides mais divertis par des spectacles vides, qui vont payer le prix."

Amis lecteurs, vivez heureux.
Par Alain Bonte - Publié dans : Pédagogue toi-même !
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Samedi 2 mai 2009
Ami lecteur,

Tu auras remarqué que les interventions de Nicolas Sarkozy à propos de la culture ne sont pas très nombreuses.
Avouons-le, elles sont souvent maladroites (un comble !) et la rancoeur de notre Président vis à vis de la Princesse de clèves nous fera, dans le meilleur des cas, sourire...

Mais rassure-toi, ami lecteur, et ne te laisse pas influencer par les médias tous plus ou moins bolchéviques, Nicolas Sarkozy aime les grandes oeuvres de l'esprit et veut les diffuser.
C'est ce qu'il a expliqué à des lycéens :




Ah... Les grandes expositions, les concerts de l'opéra, les créations de la Comédie Française... tout ça enregistré et à la dispostion des lycéens dans de belles salles adéquates.

Ami lecteur, j'entends déjà vos réflexions dubitatives...
Mais quand les lycéens iront-ils  découvrir ces inoubliables chefs d'oeuvres ? Y aura-t-il une médiation culturelle, des enseignants qui auront le temps de préparer et d'exploiter ces découvertes ?
Mais l'essentiel ne me semble pas là...
La rencontre avec une oeuvre d'art est un instant particulier et unique : un choc face à un tableau, une émotion lors d'un concert... Oui, il y a un rapport individuel avec l'art et ce lien demande des circonstances elles aussi particulières et uniques.
Nicolas  Sarkozy ne nous parle jamais des oeuvres d'art mais de leurs reproductions. Il ne parle pas de culture mais de "produits culturels".
Cette vision de la culture en boîte, directement consommable, sans artiste, a quelque chose qui fait froid dans le dos...

Que cela ne t'empêche pas de vivre heureux, ami lecteur.
Par Alain Bonte - Publié dans : Humeurs
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Samedi 25 avril 2009
Ami lecteur,

J'éprouve le besoin de reparler des sarabandes de Bach.
Vous vous rappelez, ces danses à 3 temps avec appui sur le 2ème...
Celle de la 5ème suite pour violoncelle a toujours été un mystère pour moi. Comment faire de la musique avec si peu ?
Cette pièce est d'une insondable profondeur mais que me dit Bach là dedans ?
Jamais je n'ai réussi à l'exprimer... les mots ne me viennent pas.

Le film de Bergmann, Cris et Chuchotements, peut m'aider.

Deux soeurs, Karin et Maria viennent assister leur mère dans ses derniers instants.
Elles essaient de se parler mais n'y parviennent pas (qui n'a pas souri à la description de cette scène si belle où "l'une ne dit rien et que l'autre ne répond pas").
Pourtant,  à un moment, les choses semblent se débloquer, les deux soeurs, enfin échangent :



Bergman remplace leur dialogue par cette sarabande de la 5ème suite (ici dans l'interprétation de Pierre Fournier).
A la trivialité des mots, le cinéaste  préfère  la profondeur des sons.

L'indicible peut être dit.

Ami lecteur, vis heureux !
Par Alain Bonte - Publié dans : Petits bonheurs vidéo - Communauté : Musique Classique
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Samedi 25 avril 2009
Ami lecteur, il faut s'y faire : on ne gagne pas à tous les coups.
Certaines vidéos sont décevantes.
Prenons par exemple le magnifique violoncelliste Mischa Maïsky. Profondément touchant dans le répértoire du XIXème, très virtuose dans les pièces "de salon", il s'attaque ici à la bible des violoncellistes : Bach, plus précisément à la sarabande de la deuxième suite.




Vous allez me trouver difficile, peut-être... toujours est-il que ce type d'interprétation m'agace.
Bien sûr, le son est superbe, l'intonation impécable...
Alors qu'est-ce qui cloche ?
le tempo d'abord. Une sarabande est une danse. Elle est à trois temps avec un appui sur le deuxième.
Vous avez tous en tête la sarabande de Haendel que Kubrick a utilisée pour Barry  Lyndon :



Certes, là non plus vous n'avez pas une grande rigueur musicologique. Haendel a écrit une pièce pour clavecin, il ne l'a jamais orchestrée et s'il l'avait fait, il ne l'aurait pas fait comme cela. L'idée de sarabande est toutefois parfaitement présente.

la façon dont Mischa Maïsky joue cette pièce est héritière d'une tradition.
Une vision romantique de Bach qu'avait aussi son professeur : Rostropovitch.



Pour ceux qui aiment ce type de versions, vous trouverez sur Youtube des enregistrements de Daniil Shafran qui ne les décevront pas.
Ces musiciens justifient leur choix en disant que Bach était un romantique et que la preuve en est qu'il a eu vingt enfants !
Il y a d'évidence aussi du mysticisme dans ces versions tendues jusqu'à l'extrême, dans ces temps qui s'étalent, dans ce vibrato intense et constant. Le choix de la cathédrale de Vezelay de la part de Rostropovitch est tout à fait révélateur.

Il ne me semble pas que ces visions du romantisme (dans leur version priapique ou mystique) collent le moins du monde à Bach.
Cette recherche constante du "beau son" finit par transformer le texte musical en prétexte. Voilà des interprètes qui se servent de la musique plus qu'ils ne la servent.
S'il est un homme de rhétorique (baroque oblige), il n'est pas un homme d'emphase. Dieu est présent dans sa musique parce qu'il est présent partout, nul besoin de le convoquer à chaque note. La danse est présente aussi puisque nous sommes dans le cadre d'une suite. Personne ne la dansera bien sûr mais elle servira de cadre de référence.

Vous allez me dire : "On t'a reconnu vieux baroqueux, dans quelques minutes tu vas inviter Harnoncourt et Bylsma à ta démonstration..."
Pourquoi pas ?
Les baroqueux n'ont pas été inutiles pour dépoussiérer tout cela mais il tout à fait possible aujourd'hui d'utiliser un violoncelle avec une pique et de jouer Bach en respectant le texte et, je crois, son esprit.

Je vous en propose deux exemples :  Peter Wiespelwey



et Ophélie Gaillard.



Ami lecteur, vis heureux.

Par Alain Bonte - Publié dans : Petits bonheurs vidéo - Communauté : Musique Classique
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Jeudi 23 avril 2009
Allez, ami lecteur,

Pour un retour en douceur sur mon blog, je vous propose un peu de bonne humeur...



Ca fait du bien non ?

Amis lecteurs, vivez heureux.
Par Alain Bonte - Publié dans : Petits bonheurs vidéo - Communauté : Musique Classique
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