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Samedi 6 octobre 2007
Certains se sont demandé ce qu'était cette drôle de guitare dont jouait Boris Vian sur le photo d'un article précédent ( alainbonte.over-blog.com/article-12638326.html.)

Voici donc les explications par lui-même :

 



Amis  lecteurs, vivez heureux
Par Alain Bonte - Publié dans : Petits bonheurs vidéo
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Samedi 29 septembre 2007
Mais que dit la musique ?

A cette question que chacun s'est posée (et que peut-être chacun se pose encore...), on a longtemps répondu : la gloire de Dieu.
Certes, Haydn prend soin d'indiquer sur chacune de ses partitions : SDG, "pour la seule gloire de Dieu". Fervent admirateur du compositeur, ce n'est pas le sentiment religieux qui m'étreint lorsque j'écoute les quatuors de l'opus 76, les symphonies londoniennes, ni même ses messes. Je ne peux m'empêcher de ne voir dans ces trois lettres qu'une concession à un usage. Concession sans aucune violence d'ailleurs, tant Haydn était finalement à l'aise dans sa situation sociale.
Mais dès que l'on parle de musique sacrée, la figure de Bach s'impose.
D'ailleurs la voici :
bach.h1.jpg
La foi de l'homme ne fait ici aucun doute mais est-ce que cela nous intéresse vraiment ? Le Bach musicien nous passionne davantage que le Bach théologien. Que nous dit sa musique ? Quelle est la frontière entre musique sacrée et musique profane ? Si elle est difficile à définir, on ne peut que constater qu'elle est perméable dans un sens : de nombreuses oeuvres profanes ont été arrangées pour devenir des oeuvres sacrées. Cantates profanes, concertos servent littéralement de réservoir au pourtant prolixe compositeur. Quelle conclusion en tirer ?
- que la demande était telle que le compositeur ne trouvait parfois que le temps d'arranger ?
- que Bach aimait la récupération ?
- que toute cette musique a finalement une source commune et que passer de l'un à l'autre n'est pas si compliqué. Le fait que Bach ne transforme jamais de musique sacrée en musique profane en dit d'ailleurs plus sur l'opinion qu'il avait de sa musique que sur son sentiment religieux : il refuse de désacraliser sa musique.
Nous reviendrons sur l'idée de source commune au sacré et au profane mais cela voyons d'autres allers-retours entre les deux univers.

Au XVIIème siècle, les madrigaux de Monteverdi ont vite été transformés en pièces religieuses. Le célèbre lamento d'Arianna est passé de l'opéra (en 1608) (en voici le début : s3.archive-host.com/membres/playlist/745933685/LamentodArianna1mp3.mp3 )au madrigal (en 1614) (le même début : s3.archive-host.com/membres/playlist/745933685/LamentodArianna2mp3.mp3 ) avant de devenir pièce religieuse : "la pianto della madonna" (en 1640) (toujours le même début : s3.archive-host.com/membres/playlist/745933685/LamentodArianna3mp3.mp3. )Le changement radical se fait sur le texte : le latin remplace l'italien et Thésée devient Jésus ; le tout avec la même musique.

D'autres transformations ont parfois été commises par d'autres musiciens que le compositeur lui-même. Je pense en particulier au trio de l'embarquement du Cosi fan Tutte de Mozart, chef d'oeuvre de l'ambiguité érotique s'il en est qui est devenu au XIXème siècle une pièce sacrée...

Frontières bien poreuses donc entre sacré et profane.
Revenons à l'idée d'une source commune, ou plus exactement d'une fontaine commune : TitienAmourSacreAmourProfane.jpg Le Titien nous présente l'amour sacré et l'amour profane autour de celle-ci. Les différences sont évidentes mais troublante est leur ressemblance !

Si la frontière est difficile à établir entre profane et sacré c'est peut-être que l'art, et en particulier la musique, a, comme le dit Marcel Gauchet dans la revue n°55 de la Cité de la Musique, "une vocation particulière à fonctionner comme un analogue ou un substitut des objets sacrés". Ce sacré "qui implique la présence de l'au-delà dans l'ici bas."

Voilà donc une "sacrée" responsabilité pour les musiciens.

Amis lecteurs, vivez heureux.
Par Alain Bonte - Publié dans : Analyse musicale pour tous - Communauté : Musique Classique
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Mercredi 26 septembre 2007
Bon, c'est pas une vidéo mais je vous mets la photo :
vian.jpg

et puis vous écoutez :

Amis lecteurs, vivez heureux.
Par Alain Bonte - Publié dans : Petits bonheurs vidéo - Communauté : Musique Classique
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Jeudi 20 septembre 2007
Je voudrais vous faire partager mon enthousiasme pour un article de Charlotte Nordmann dans le  numéro de juillet-août du Monde de l'éducation : "Manifeste pour une école démocratique".
L'article prend pour point de départ  la contradiction sur laquelle repose l'école : la double fonction de démocratisation et de hiérarchisation. Oui, il faut diffuser le savoir au plus grand nombre mais il faut aussi sélectionner  une "élite" qui accédera aux grandes écoles (quelles qu'elles soient).

Qu'en est-il dans nos conservatoires ?

Tous les conservatoires revendiquent leur mission de démocratisation. Nous avons tous une politique d'action culturelle avec des concerts scolaires, nous nous impliquons tous dans la "politique de la ville" (le terme fait déjà vieillot !), nous réfléchissons tous à notre politique tarifaire...
L'enseignement de la musique et de la danse s'est largement développé depuis les années 70 pourtant le développement de nos publics semble marquer une pose. Ce ralentissement est d'ailleurs parfois clairement voulu par les collectivités pour des raisons de coût. La sociologie de notre public a, elle, assez peu évolué.
Ce rapport à nos publics nous conduit directement à l'autre mission de l'école : sélectionner.

En général, en en parle moins. Le choix récent du mot "conservatoire" pour remplacer "école de musique et de danse" marque peut-être un retour en grâce de cette mission de hiérarchisation...
Personne (ou presque) ne conteste le bien-fondé de cette sélection pour ceux qui veulent se lancer dans le métier et qui frappent aux portes d'une formation pré-professionnelle. Il serait irresponsable de laisser des jeunes dont "on" pense (mais qui est précisément ce "on" ?) qu'ils n'en ont pas les capacités, se fourvoyer dans une voie difficile. Cela nous oblige quand même à préciser les critères de cette sélection : bagage technique, compréhension de la musique ou de la danse, âge, potentiel (notion vague et inévaluable et qui pourtant revient souvent sur le tapis...).
Mais la sélection est souvent présente bien plus tôt. De nombreuses écoles imposent une première année "probatoire" dont le nom dit tout. Je ne parle même pas des examens d'entrée pour accéder... à la première année de piano !

Enfin, la sélection est parfois plus discrète.
Il arrive que des élèves ratent leur examen de fin de cycle. Il arrive que l'on préconise à certains de rester dans le même niveau de Formation Musicale parce que les acquis ne sont pas suffisants.
Le réglement des études prévoit ce type de situations et l'élève est naturellement autorisé à rester une année supplémentaire dans le cycle ou à "redoubler" son année de solfège (oh les vilains mots : redoubler et solfège dans la même phrase !).
Pourtant on se rend compte que ces élèves se réinscrivent beaucoup moins que les autres l'année suivante !
L'équipe pédagogique a la conscience tranquille ; il a été expliqué que "ça n'est que partie remise", "qu'il vaut mieux consolider les acquis avant d'aborder des répertoires plus ambitieux..." L'élève quant à lui entend qu'il ne fait pas partie des bons ; les parents quant à eux oscillent entre l'affectif (totale empathie avec l'enfant) et la consommation de loisirs où le problème se règle par un changement d'activité.

Comment faire pour éviter ce divorce ?
Mieux expliquer les décisions ? Peut-être mais le mal est sans doute plus profond.
L'article de Charlotte Nordmann fournit quelques pistes. Il faudrait tout citer, je me contenterai de quelques phrases :
"Comment faire pour que ces pratiques encouragent l'autonomie ? Comment faire pour que la reconnaissance de la valeur des savoirs transmis ne se mue pas en respect de principe de la compétence des "instruits" ? (...)
Il s'agit d'interroger notre propre rapport à l'écriture, à la parole, à la connaissance (nous dirions pour notre part à l'art, à la musique, à la danse...) en cherchant à développer chez nous aussi l'autonomie. (... Il faut) revendiquer pour chacun le droit à participer à l'élaboration de ce savoir qui doit apparaître pour ce qu'il est : construit, en construction, polémique, vivant enfin."
Reconnaissons que nous n'en sommes qu'au balbutiement de cette réflexion.
Cela ne nous empèchera pas de perséverer.

Amis lecteurs, vivez heureux.
Par Alain Bonte - Publié dans : Pédagogue toi-même ! - Communauté : Musique Classique
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Lundi 10 septembre 2007
L'analyse musicale, qu'est-ce que c'est ? A quoi ça sert ?...
De nombreux apprentis musiciens se sont posé la question.  Des enseignants aussi...

Essayons de partir de l'étymologie :  analyse vient du grec  décomposition ou dissolution.
Quand l'oeuvre musicale est composée, il s'agit donc de la décomposer.
Il suffirait donc d'identifier et de dénombrer les différents éléments qui composent une oeuvre musicale, mais cela suffit-il à ce que l'analyse soit pertinente ?
De la même façon que lorsqu'un médecin ordonne une analyse sanguine, il indique en même temps ce qu'il veut que le laboratoire cherche, l'analyste, quand il aborde une oeuvre musicale, a  déjà une idée de ce qu'il va chercher. L'honnêteté le conduira a vérifier ses pré-supposés.
Bon, on a un inventaire des éléments.  Est-ce que cela suffit pout autant ?
Il faut aussi voir comment ces éléments s'organisent  les uns par rapports aux autres.  C'est l'éternelle histoire du tout et de la somme des parties : un tout est plus que la somme de ses parties.

Un texte d'Aristote  peut nous aider dans notre recherche. Certes, dans ces extraits de  La  Poétique,  Aristote parle davantage de la tragédie que d'oeuvres musicales mais la transposition est ici facile.
Aristote-1.jpg La tragédie consiste  en la représentation d'une action menée jusqu'à son terme, qui forme un tout et a une certaine étendue.
Un tout, c'est ce qui a un commencement, un milieu et une fin. Un commencement est  ce qui ne suit pas nécessairement autre chose, mais après quoi  se trouve ou vient à se produire autre chose. Une fin, au contraire est ce qui vient naturellement après autre chose, en vertu soit de la nécessité soit de la probabilité,  mais après quoi ne se trouve rien. Un milieu est ce qui vient après autre chose et après quoi il vient autre chose.

L'affaire paraît banale mais s'attacher à expliquer pourquoi le début d'une oeuvre musicale ne peut être que le début, le milieu que le milieu et la fin que la fin est déjà une démarche analytique très féconde.
Mais continuons...

En outre, pour qu'un être soit beau - qu'il s'agisse d'un être vivant ou de n'importe quelle chose composée, il faut non seulement que les éléments soient disposés dans un certain ordre, mais aussi que son étendue ne soit pas laissée au hasard. Car la beauté réside dans l'étendue et dans l'ordonnance. (...) Ainsi, de même que les  corps et les êtres vivants doivent avoir une certaine étendue, mais que le regard  puisse embrasser aisément, de même les histoires doivent avoir une certaine longueur, mais que la mémoire puisse retenir aisément.

La mémoire du spectateur est une notion intéressante : qu'analyse-t-on ? La partition, sa restitution, notre perception, notre souvenir ???
Aristote continue en citant Homère. Cette admiration est illustrée par Rembrandt ci-dessous.

L'unité de l'histoire ne vient pas, comme certains le croient, de ce qu'elle a un héros unique.
Homère semble là aussi avoir vu juste, que s'explique par sa connaissance de l'art ou par son génie naturel : en composant l'Odyssée, il n'a pas raconté tout ce qui a pu arriver à Ulysse, par exemple la blessure reçue sur le Parnasse ou la folie simulée devant l'armée rassemblée, puisqu'aucun de ce ces événements n'entraînait nécessairement ni vraissemblablement l'autre. Rembrandt-Aristote-Hom--re.jpg Aussi, de même que, dans les autres arts de représentation, l'unité de représentation provient de l'unité de l'objet, de même l'histoire, qui est représentation d'action doit l'être d'une action une et qui forme un tout ; et les parties que constituent les faits doivent être agencées de telle sorte que, si l'une d'elle est supprimée ou déplacée, le tout soit disloqué et bouleversé. Car ce dont l'adjonction ou la suppression n'a aucune conséquence visible n'est pas une partie du tout.

Nous voilà revenus à l'organisation du tout et de ses parties.
Mais Aristote introduit d'autres idées : la nécessité et la vraissemblance. La seconde est abstraite en musique. La notion de nécessité est plus "utilisable" qu'est-ce que cette nécessité : la conformité à des normes culturelles, la logique même d'un langage musical (le langage tonal conduit-il nécessairement à la forme-sonate ?) ou cette nécessité est-elle plus intérieure et impérieuse dans l'esprit du compositeur ?

Voilà, l'analyse, ça doit servir un peu à tout ça...

Amis lecteurs, vivez heureux
Par Alain Bonte - Publié dans : Analyse musicale pour tous - Communauté : Musique Classique
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