Mercredi 22 août 2007
Un des plaisirs d'une campagne électorale est sans aucun doute l'observation des comités de soutiens.
Peut-être est-ce une forme de voyeurisme, mais j'aime savoir pour qui les gens votent. Je suis toujours un peu content quand ceux que j'admire votent comme moi, je suis bien sûr déçu dans le cas contraire même si cela ne m'a pas donné l'idée de changer de bulletin le jour J.
Quel plaisir dans le passé de voir Gainsbourg se planter deux fois en soutenant Mitterrand en 74 et Giscard en 81
La dernière présidentielle a, de ce point de vue, était un délice. Cali et Pierre Arditi ont cultivé leur rebelle-attitude en soutenant Ségolène. François Berléand ne sort pas de son rôle de pervers bourgeois en s'engageant derrière François Bayrou. Personne n'ignore les soutiens actifs d'une certaine Jet-Set, de notre Johnny national (national ?) à Doc Gynéco en passant par Bigard à Sarkozy.
Pourtant, je ne peux réprimer une certaine amertume : pour qui ont voté Dutilleux et Boulez, sur quels comités de soutien s'engagèrent Pascal Dusapin et Nicolas Bacri, sous quelles banières s'engagèrent Philippe Manoury et Eric Tanguy ?
Ces compositeurs vivants, je ne les ai pas trouvés dans les différents documents de propagande qui ont pourtant rempli mes boîtes aux lettres réelles et virtuelles.
Plusieurs explications sont possibles.
Commençons par des versions optimistes :
- Nos créateurs sont devenus modestes et ne se sentent plus autorisés à donner leur avis sur tout. Cela ne les empêche pas d'être des citoyens, parfois même engagés mais de façon anonyme et discrète... Peut-être !
- La vision de la culture a changé. Elle s'est élargie et il est possible pour chacun d'apprécier aussi bien l'art contemporain et la série télé, le roman d'avant-garde et la chanson populaire. Il est donc naturel que nos candidats nous présentent cette diversité... Voir !
Il serait doux en effet de voir de la diversité mais l'on ne trouve au contraire qu'une grande uniformité.
Une vision pessimiste ne risque-t-elle pas de s'imposer ?
- Nos élus (ou candidats) seraient-ils moins cultivés que leurs prédécesseurs ? Peut-être serait-ce là un effet d'une professionnalisation plus rapide dans le domaine politique ; imbatables maintenant sur les analyses macro-économiques, ils seraient moins diserts sur les "humanités"... Vision d'horreur que je préfére balayer !
- Nos élites veulent nous ressembler : "Puisque je suis comme vous, je peux vous représenter, vous pouvez voter pour moi". Pour être sûrs de ressembler au plus grand nombre, ils ne mettent pas la barre trop haut.
Changement d'époque assurément. Les compilations poétiques de Pompidou, l'érudition de Mitterrand, l'Idée de la France du couple De Gaulle - Malraux sont aussi datés que la quatre-chevaux et la télévision en noir et blanc.
La culture "cultivée" n'est plus une image positive, elle ne fait plus ni rêver ni vendre. Elle n'est plus une valeur.
Cette relativistaion générale de tout a sans doute des aspects positifs : le vernis culturel servant de marqueur social se fissure et s'est bien. Nous verrons bien si la toile tient sans le vernis.
Peut-être est-ce une forme de voyeurisme, mais j'aime savoir pour qui les gens votent. Je suis toujours un peu content quand ceux que j'admire votent comme moi, je suis bien sûr déçu dans le cas contraire même si cela ne m'a pas donné l'idée de changer de bulletin le jour J.
Quel plaisir dans le passé de voir Gainsbourg se planter deux fois en soutenant Mitterrand en 74 et Giscard en 81
La dernière présidentielle a, de ce point de vue, était un délice. Cali et Pierre Arditi ont cultivé leur rebelle-attitude en soutenant Ségolène. François Berléand ne sort pas de son rôle de pervers bourgeois en s'engageant derrière François Bayrou. Personne n'ignore les soutiens actifs d'une certaine Jet-Set, de notre Johnny national (national ?) à Doc Gynéco en passant par Bigard à Sarkozy.
Pourtant, je ne peux réprimer une certaine amertume : pour qui ont voté Dutilleux et Boulez, sur quels comités de soutien s'engagèrent Pascal Dusapin et Nicolas Bacri, sous quelles banières s'engagèrent Philippe Manoury et Eric Tanguy ?
Ces compositeurs vivants, je ne les ai pas trouvés dans les différents documents de propagande qui ont pourtant rempli mes boîtes aux lettres réelles et virtuelles.
Plusieurs explications sont possibles.
Commençons par des versions optimistes :
- Nos créateurs sont devenus modestes et ne se sentent plus autorisés à donner leur avis sur tout. Cela ne les empêche pas d'être des citoyens, parfois même engagés mais de façon anonyme et discrète... Peut-être !
- La vision de la culture a changé. Elle s'est élargie et il est possible pour chacun d'apprécier aussi bien l'art contemporain et la série télé, le roman d'avant-garde et la chanson populaire. Il est donc naturel que nos candidats nous présentent cette diversité... Voir !
Il serait doux en effet de voir de la diversité mais l'on ne trouve au contraire qu'une grande uniformité.
Une vision pessimiste ne risque-t-elle pas de s'imposer ?
- Nos élus (ou candidats) seraient-ils moins cultivés que leurs prédécesseurs ? Peut-être serait-ce là un effet d'une professionnalisation plus rapide dans le domaine politique ; imbatables maintenant sur les analyses macro-économiques, ils seraient moins diserts sur les "humanités"... Vision d'horreur que je préfére balayer !
- Nos élites veulent nous ressembler : "Puisque je suis comme vous, je peux vous représenter, vous pouvez voter pour moi". Pour être sûrs de ressembler au plus grand nombre, ils ne mettent pas la barre trop haut.
Changement d'époque assurément. Les compilations poétiques de Pompidou, l'érudition de Mitterrand, l'Idée de la France du couple De Gaulle - Malraux sont aussi datés que la quatre-chevaux et la télévision en noir et blanc.
La culture "cultivée" n'est plus une image positive, elle ne fait plus ni rêver ni vendre. Elle n'est plus une valeur.
Cette relativistaion générale de tout a sans doute des aspects positifs : le vernis culturel servant de marqueur social se fissure et s'est bien. Nous verrons bien si la toile tient sans le vernis.
Derniers Commentaires