Lundi 22 septembre 2008
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Je viens de lire avec un certain plaisir, voire une jubilation certaine le petit ouvrage d'Alain Badiou, "De quoi Sarkozy est-il le nom ?" (
nouvelles éditions lignes).
Ami lecteur, n'attends pas de moi un résumé de l'ouvrage ou une prise de position sur les nauséabondes polémiques qu'il a suscitées (supposé antisémitisme de Badiou...).
Je voudrais simplement revenir sur point du bouquin. Badiou propose quelques pistes bien au delà des combats électoraux auxquels il ne croit pas beaucoup pour sortir de cette société "dont
Sarkozy serait le nom".
La deuxième piste m'a interpellé. Je cite Badiou intégralement :
"Point 2 :
L'art comme création, quelles que soient son époque et sa nationalité, est supérieur à la culture comme consommation, si contemporaine soit elle.
"On a quantité de lieux pour affirmer de ce point la validité et la pertinence. Les médias et les écoles notamment. En particulier quand il s'agit de soutenir, par exemple, que
Le dit du
Genji, pubié au XIème siècle au Japon par Dame Murasaki Shikibu est incommensurablement supérieur à tous les prix Goncourt des trente dernières années. Ou qu'il n'y aucune raison de préférer
expliquer aux élèves, fussent-ils en sixième,
La Gloire de mon père de Pagnol plutôt que
La Princesse de Clèves. Mais aussi quand il s'agit de soutenir qu'il est ridicule de
mettre sur le même plan, au nom de l'uniformité de ce que l'on nomme "les musiques", la chanson de variété, la comédie musicale, le folklore des îles lointaines, les danses paysannes, les tambours
africains, Boulez, Messiaen et Ferneyhough ; qu'on doit évaluer les musiques de divertissement à partir des musiques véritables, et non l'inverse ; et, en fin de compte les musiques du
passé à l'aune des inventions contemporaines, en sorte que rien n'atteste davatange le désir réactionnaire contemporain que de s'extasier, comme le font les "baroqueux" fanatiques, sur les oeuvres
d'un cuistre du XVIIème siècle, retrouvées sous une bienheureuse poussière dans la bibliothèque de Montpellier et interprétées à grands renforts d'aigres "instruments d'origine", alors qu'on
méprise et qu'on s'abstient de faire entendre les grands chefs-d'oeuvre du XXème siècle."
Avoue, ami lecteur, que si je n'avais pas cité l'auteur tu m'aurais aussitôt rétorqué "mais qu'est-ce que cette diatribe réactionnaire ?" "N'est-ce pas extrait d'une tribune de Finkelkraut dans le
Figaro -Magasine ?"
Et bien non, ces propos viennent de la gauche de la gauche (non, il n'y a pas de faute de frappe ou de copier-coller intempestif).
Les plaisirs sont toujours troubles et, si je suis assez d'accord avec ce texte, j'en éprouve un certain malaise.
Dans ma propre pratique musicale tout d'abord. Je te l'avoue, ami lecteur, le rouge au front, j'écoute plus souvent Barbara que Ferneyhough. Certes, je me situe clairement dans ce cas dans le
registre de la consommation culturelle. Cela ne m'empêche pas d'essayer d'avoir une réflexion sur l'art et dans ce cas, je ne pense plus à Barbara (cf mon dernier papier
Je paie mes dettes).
Le malaise est plus grand encore dans ma pratique professionnelle. Je dirige un Conservatoire qui fait une place importante à une grande diversité de musiques. En cela, je les mets aux yeux de nos
publics sur le même plan.
Serais-je un suppôt des forces réactionnaires ?
Serais-je vendu aux pratiques consuméristes ?
Oublierais-je l'Art ? la Création ?
Ami lecteur, le doute m'habite, mais que cela ne t'empêche pas de vivre heureux !
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